the life runner

l'écriture au quotidien

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dear journal

écrire pour écrire c’est un peu comme manger pour manger, de la pure gourmandise. je ne le vois pas autrement: gratter la feuille ou astiquer mon crayon sur mon carnet est avant tout un pur plaisir, un défouloir infini où tous les coups (bas) sont permis. je ne vais pas jusqu’à noter les moindres faits et gestes de mon entourage ou croquer en croquis les querelles des écureuils du voisinage, ma plume se contente des mots - et c’est déjà bien assez. la page blanche est mon bonsaï, mon livre de sudoku, mon point de croix du dimanche. je la torture et la retourne, la pourrit de bêtises et la gâte de friandises de lettres en espérant qu’elle me donne la satisfaction d’un texte pas trop mal tourné. et quand le crayon me fait défaut j’ai souvent un clavier pas trop loin pour épancher mon trop plein d’idées. la feuille de l’arbre ou la feuille à rouler, le vent dans les poubelles ou les klaxons d’un mariage qui passe (et trépassera), un combat de chats aux échos de nourrisson enragé, un accident de caddie au supermarché, tout peut être source d’inspiration mais à la main et au papier d’en faire quelque chose de potable. la source originale du verbe tient avant tout de la course de l’herbe - qui dans un pré ou dans le cul de la tondeuse, qui tourbillonne ou qui trépasse. jamais ne tarit l’amour de la langue pour qui sait saisir les nuances de l’instant et la magie du vocabulaire.


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mon père, son héron

mon père a un héron dans son jardin. peu farouche, l’oiseau paresse, perché sur ses deux tiges et paraît inoffensif de loin. en réalité il est vif et teigneux. il picore les restes et course le chat, fait peur aux pigeons et aux nouveaux-nés et recouvre fréquemment la décapotable des voisins de fientes géantes.

un jour il est mort. on l’a pleuré et on a bien bu. puis on l’a empaillé. mon père l’a installé sur la cheminée et depuis il est la risée du quartier.


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du lourd

j’aimerais tant avoir un piano. en fonte, brûleurs gaz et deux ou trois fours. je vous en ferais des symphonies de légumes, des opéras d’agneau et des bœufs de curry.

loin de me considérer comme un maestro des fourneaux, je serais néanmoins tellement content de pouvoir faire mes gammes sur un tel instrument. la magie de l’objet, la profusion des accords possibles et le côté atypique aussi bien qu’authentique du piano ferait de moi le plus heureux des cuistots.


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cliché

deux tourterelles se bécotent sur le fil barbelé sous le regard amusé d’une ribambelle d’écoliers posés dans le square tels des étourneaux dans un champ fraîchement labouré.

un facteur désabusé pédale mollement en remontant l’avenue, son vélo jaune flambant neuf peinant sous le poids du courrier de tous ces seniors qui écrivent encore.

un coucou dans sa haute tour d’ébène égrène les minutes en attendant son heure. soirée jeux de société sur fond de freddy mercury. je passe sur les cartes mais me nourris de cette musique qui berça mon enfance et parle aux sens.

doux moments en famille,où le plus maladroit des silences nous rapproche, où le traditionnel café au soleil après déjeuner est une marque de fabrique à laquelle les nouvelles venues prennent part avec plaisir.


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qui suis-je?

je me dis héraut de la plèbe et fuis les tourmentes des scandales, je siège sur un trône de fer et observe de mon oeil vif les ébats et les débats des uns et des autres. je fabrique les lois et apprend à les contourner habilement. je peux semer la panique et répandre la discorde aussi bien qu’étaler mon savoir et prêcher le bonne parole. je m’amuse en démocratie et me régale en dictature. je suis la puissance d’une poignée de grands sur une multitude de petits. je suis la politique et mes rouages sont bien huilés.


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butinez

c’est enfin le printemps. les giboulées de mars au mois de mai, les chaleurs de juillet au mois du muguet, tout le monde se réjouit du retour du soleil. aux fenêtres du bâtiment en construction, les collègues sifflent les passantes et hurlent des insanités. les jupes sont de sorties, la testostérone bouillonne sous les bleus. on se les gelait sévère en février quand le doublage n’était pas encore posé et maintenant qu’il fait 25°C dehors, on suffoque au moindre coup de marteau-piqueur. sous les arbres les oiseaux chantent et ça cogne. là-haut, sur le toit, on installe la vmc, rouges comme des écrevisses. les minettes défilent en sortant du tram et certains ont bien du mal à se concentrer. bien que mariés, casés et pères de famille, tous ou presque s’en donnent à coeur joie et jouent les roméos inversés: eux sur leur balcon et les damoiselles sur le trottoir - façon de parler.


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toutouphobe

“je n’aime pas les chiens et ils me le rendent bien.”

ça pourrait sortir de la bouche d’une jeune femme de ma connaissance, traumatisée par un adorable berger allemand qui lui a d’un coup de langue repeint le visage alors qu’elle devait avoir 3-4 ans. depuis, qu’il s’agisse d’un chien de la taille d’un mulot anorexique ou plutôt hippopotame sous amphétamines, elle évite et change de trottoir.

ça ne s’explique pas, c’est comme ma répulsion pour notre actuel président ou le dégoût de nombreuses femmes envers dominique strauss-kahn. je ne citerai pas le nom de la toutouphobe par respect et pour éviter que certains s’amusent à lui faire des blagues à base de bichon frisé ou teckel télé-z.


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soap story

he loves me but I don’t deserve it. I rub and scrub, use and abuse him every time i’m in the shower. foam and steam, heat and torrential rain and when I leave on holidays leave him to dry. but he doesn’t care and does his job, a good little worker, never asking for a raise or a day off. until the last tiny bubble, cleaning my rugged skin. the life of a soap is a short but rewarding life.


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une histoire de zef

depuis quelques jours ça souffle sec là dehors dans les peupliers. à décorner les boeufs diraient les anciens. devant le pmu les chômeurs tiennent leur demi à deux mains. les conducteurs de smart se dépêchent de rentrer chez eux. j’ai de la carrosserie à faire mais j’ai trop peur que le nouveau capot ne se transforme en voile je remets donc cette activité follement excitante à un autre jour. les platanes rigolent et les cyprès ont la tête bien basse. les tuiles sur les toits font des claquettes et les toutous en laisse du cerf-volant. le papi que j’ai croisé se rendant au tabac aurait bien aimé avoir des ventouses sous son déambulateur. ça vivifie ce vent, même si perché sur ma selle en rentrant du boulot j’ai bien cru que ces satanées bourrasques allaient me faire faire marche arrière. un vent de tempête en ce lendemain de vote, comme pour nous dire qu’un bon coup de balai sur les têtes couronnées ne serait pas de trop.


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